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Mourir ? Plutôt crever ! :(

C'est rare que je sois touché par la disparition d'une célébrité, mais j'aimais beaucoup Siné même si je n'étais pas toujours d'accord avec lui. C'est un des derniers représentants d'une génération qui s'en va, et c'est bien triste.

Pour ceux qui ne le connaissent pas, le documentaire « Mourir ? Plutôt crever ! » est vraiment pas mal, et il n'est pas rare de croiser ses dessins un peu partout, que ce soit dans la presse ou dans des bars (y compris en dehors de la France, j'en ai déjà vu à Vienne en Autriche par exemple). Son histoire est chargée, le documentaire cité raconte des choses comme sa rencontre avec Malcom X ou comment la police chinoise l'a intérrogé sur son dessin de chat disant « Mao ».

Ses chroniques du mercredi vont me manquer.

De l'urgence d'agir

À force de discussions, je me rends compte que beaucoup de gens ne comprennent pas forcément l'énergie que je mets dans mon projet (Salut à Toi), ou sentent qu'il y a un problème avec des services comme Facebook (FB), mais ne savent pas exactement quoi. Aussi, je vais expliquer ici certains des principaux problèmes que posent ce dernier.

La centralisation

Un des problèmes majeurs de FB est sa centralisation, c-à-d la concentration des informations qui y sont déposées ou y circulent au sein d'une même entité, et a fortiori une entité privée à but commercial ayant déjà eu des actes et paroles douteux (nous y reviendrons).
La centralisation permet la censure et le contrôle (par FB, pas par vous), facilite l'analyse de données (comprendre la lecture de votre vie), et éventuellement les mesures répressives d'état ou autre suivant le contexte.

Ces problèmes inexistants ? Chine, Iran, Corée du Nord, Turquie...
Ces problèmes inexistants dans des pays « démocratiques » ? La France et l'Australie sont sur la liste des pays sous surveillance [1] quant à liberté sur Internet.
Dites vous bien que le maccarthisme ce n'est pas si loin... Dites vous bien qu'avril 2002 ce n'est pas si loin; dites vous bien que les Lumières et les Droits de l'Homme, ça commence à être un peu trop loin...

Les risques informatiques d'aujourd'hui

Une chose qu'il est peut-être difficile de comprendre, c'est ce qu'on peut faire aujourd'hui avec toutes ces informations. Je vous passe toutes les techniques d'analyses de données de masse [2] qui notamment permettent aux grandes chaînes de bien placer les rayons pour mieux vous faire dépenser, pour se concentrer sur des cas plus évidents.

Tout site qui a un bouton « j'aime » ou « partager » qui pointe sur le site de FB leur transmet des informations, et permet à FB de tracer les sites que vous visitez, même si vous n'êtes pas connecté... ou même si vous n'êtes pas inscrit [3]. Ainsi il peut leur être possible de savoir que vous avez lu tel article, que vous vous intéressez à tel produit, tel livre, que vous regardez telle vidéo.

Imaginez que vous soyez militant, pour une quelconque cause - écologie, politique, syndicat, nucléaire, ou autre - et que cela ne plaise pas forcément aux autorités (d'entreprise, locales, nationales, peu importe). Sachant les ennuis que cela peut vous causer, vous faites bien attention à ce que vous faites sur internet, et notamment vous vous gardez bien de mettre vos opinions politiques, religieuses, ou autre sur votre profil FB.

Maintenant, de fil en aiguille, suivant votre activité, vous rencontrez d'autres militants, que vous ajoutez, et qui eux ne prennent pas toujours les mêmes précautions que vous.

Même à supposer qu'il ne mettent pas de photo de vous pendant une action, ou aucun commentaire du genre « tu viens à la manif demain ? », le simple fait d'être amis avec vous, et que vous en ayez plusieurs peut vous trahir.

D'autre part, les techniques de reconnaissance d'images, et en particulier de visages, ont beaucoup progressé ces dernières années. Une simple photo de vous - anonyme dans la rue - peut vous associer automatiquement [4] à votre compte FB, votre nom, votre adresse IP, vos amis, et toutes les informations que vous avez entrées. Fini les policiers qui parcourent le journal pour savoir qui était dans telle ou telle manifestation.

Sans même aller jusqu'au cas militant, votre vie et vos contacts évoluent, et il peut être ennuyeux de laisser votre historique depuis votre naissance [5] sur des machines que vous ne maîtrisez pas. Quand on pense qu'il y a 10 ans on prenait peur de laisser son numéro de téléphone sur un forum ou au tollé qu'a provoqué le fichier EDVIGE. Et qu'on ne me parle pas du sempiternel «Je n'ai rien à cacher», signe d'un effarant manque de réflexion et d'ouverture. J'espère bien que vous avez des choses à cacher; j'ai des choses à cacher.

Les risques humains

La curiosité, vilain défaut ou pas, est humaine.

Je ne sais pas comment sont gérées les bases de données au sein de l'entreprise, ni combien elle a d'employés, ni qui a accès à quoi, ni comment et pour combien de temps tout est stocké.

Ce que je sais, c'est qu'il y a des risques pour tous les gens ayant accès aux données que vous mettez sur FB, qu'ils soient 10 ou 10000, de les récupérer, les lire et les analyser. Que ce soit un patron, un employé, une entreprise à qui on a vendu ces données, n'importe quelle entité sur le chemin de ces données comme votre fournisseur d'accès à Internet et ceux qui y travaillent, quelqu'un chez qui vous avez consulté votre compte, ou un pirate informatique; ces informations sont consultables d'autant plus facilement qu'elle ne sont pas chiffrées, c'est à dire qu'elle ne sont pas protégées.Cela revient à envoyer des courriers avec une enveloppe ouverte ou à avoir des conversation « intime » au milieu d'une pièce remplie de monde.

Le simple fait de consulter votre compte FB dans une bibliothèque ou sur un hotspot risque de permettre à n'importe quel apprenti pirate d'accéder à tout votre compte. [6]

La publicité

Peut-être êtes vous habitué à voir des trucs qui clignotent partout, que ça ne vous dérange pas pour lire ou regarder des photos/vidéos. Peut-être que vous acceptez que les données que vous envoyez soient diffusées à des entreprises commerciales. Peut-être que vous êtes résolu à vivre avec cette pollution visuelle, parfois sonore, et qui utilise votre connexion internet (la bande passante), que vous pensez que c'est un mal nécessaire. Peut-être que appréciez qu'on vous dise quoi acheter, où sortir, comment vous habiller, quoi manger, bref qu'on pense à votre place...

Moi non.

Le remplacement de l'existant

Jusqu'ici nous avions des moyens simples, efficaces, décentralisés et standards pour communiquer, tel que le courrier électronique ou les abonnements aux sites (flux atom). Ces moyens ont leur défauts, mais sont (étaient ?) répandus, et installables/utilisables par n'importe qui. Aujourd'hui - il s'agit là d'une simple constatation - j'ai le sentiment que ces moyens disparaissent au profit du confort aseptisé de FB. J'ai de plus en plus de mal à joindre mes connaissances - y compris les amis - par courrier électronique classique, qui ne devient plus qu'un outil pour les messages officiels. Ceci contraint à soit créer un compte sous la pression sociale, soit à avoir des difficultés à joindre ses proches.

On assiste purement et simplement à une privatisation du web.

L'uniformisation, la perde d'identité

Au début du web (et de sa démocratisation, dans les années 90), on voyait de nombreux sites de tous les styles, faits parfois avec amour (et plus ou moins bon goût), qui avaient une touche personnelle, un côté créatif.

Aujourd'hui, par soucis de simplification (moins de choses à gérer), d'efficacité (contacts et pubs facilités) ou pour je ne sais quelle autre raison, de plus en plus d'entités, sites, associations, sources d'informations choisissent de faire une page FB. Vous savez, ces pages qui ressemblent à un profil de personne, avec les infos, commentaires, les statistiques, les produits, les pubs; vous savez ces pages qui ressemblent à ces autres pages... toutes les mêmes.
Non seulement elles sont tributaires de ce que leur permet (et change parfois sans préavis) FB, mais surtout elles sont uniformes, identiques.
Depuis mon plus jeune âge j'entends des gens parler avec effroi (et il y a de quoi) du spectre de la pensée unique... Qu'en est-il du site web unique ?

Ce qu'on sait déjà, ce à quoi on peut s'attendre

Je parlais plus haut de paroles et d'actes douteux, revenons y. Il n'est même pas question ici de mentionner les courriels qui auraient circulé par le passé et des déclarations attribuées au (présumé) fondateur de FB, ou à ce qu'on trouve dans les médias (livre, film) parus récemment, mais de ce qui a été officiellement déclaré et assumé.

Début 2010 Mark Zuckerberg déclare « Les gens sont maintenant à l’aise avec l’idée de partager plus d’informations différentes, ils sont aussi plus ouverts et à plus d’internautes […] La norme sociale a évolué depuis quelques temps » et « Les enfants se sont toujours préoccupés du respect de leur vie privée, c’est juste que, pour ces jeunes, la notion de « vie privée » est très différente de ce qu’elle est pour les adultes » [7]

FB cherche ouvertement à devenir un point d'entrée, et un point central du web, notamment avec le protocole « Open Graph ». [8]

En juillet 2011, la directrice marketing déclare la guerre à l'anonymat: «Je pense que l'anonymat sur Internet doit disparaître. Les gens se comportent beaucoup mieux lorsque leur véritable nom est visible. Je pense que les gens se cachent derrière l'anonymat et ont le sentiment de pouvoir dire ce qu'ils veulent derrière des portes closes». [9]

Plusieurs cas de censure ou fermeture sauvage de comptes sont connus. Ainsi ce danois qui s'est vu fermer son compte pour avoir posté « l'Origine du monde » de Gustave Courbet [10], ce groupe « Boycott BP » supprimé (puis rétabli devant la pression) « par accident » [11], ou la désactivation de comptes sous pseudonymes (ou supposés comme tel), comme celle d'un activiste chinois [12].

De la responsabilité de tous

Créer un compte est une chose - j'en ai moi même un [13] -, il y a des tas de raisons valables pour le faire: curiosité, amis qui nous invitent, utilisation des fonctionnalités comme le partage de photos, etc. Le problème est quand on prend la peine d'y réfléchir, qu'on en comprend les dangers, et qu'on continue à souffler sur les braises.

Chaque statut posté, chaque commentaire, chaque photo ajoutée (de vous, ou  - pire - d'une connaissance), chaque bouton « j'aime » ou « partager » cliqué alimente la chose; chaque « site » créé dessus, chaque bouton « j'aime » ou « partager » placé quelque part augmente et légitime leur emprise.
Plus personne ne peut dire désormais qu'il ne « savait pas », c'est maintenant une question de choix et de prise de responsabilité.
Je ne cherche pas ici à avoir un ton accusateur ou condescendant, ayant moi même ma part dans l'histoire, je cherche juste à montrer qu'il y a une prise de conscience à avoir, et ce sans plus attendre. Nous avons une responsabilité vis à vis de nous et de nos proches, et vis à vis des générations à venir.

Bien qu'ici il soit question du site le plus connu, la plupart des réflexions s'appliquent également à d'autres, en particulier Google. Et j'ai fait l'impasse sur de nombreux autres problèmes, comme la géolocalisation. [14]

Quelles sorties ?

Il existe des alternatives, plus ou moins avancées. Salut à Toi en est une, et je souhaite bien entendu son succès, mais il en existe d'autres comme Movim, Jappix, Retroshare, Gnu Social, etc. Et certaines dont je me méfie (Diaspora) mais qui ont le mérite d'être libres (du moins pour l'instant [15]).

Le monde dans lequel nous sommes évolue, et j'ai la nette impression que nous en perdons le contrôle. Notre génération se contente de suivre ce qu'on lui présente, alors que c'est la première fois dans l'Histoire qu'elle a de tels moyens pour le changer, le réinventer; et pour cela je lui en veux un peu. Où est passée cette rage si présente par le passé ? Où est le mouvement de la jeunesse ?

 

 


Mise à jour du 27/07/2015

On me fait remarquer en commentaire que Diaspora a changé : c'est vrai, le projet est devenu communautaire, et les fondateurs l'ont quitté pour un autre projet. Et comme je l'ai dit dès l'annonce du passage de Diaspora à un développement ouvert, je lui fais maintenant beaucoup plus confiance, et pour avoir rencontré certains développeurs, je pense que l'esprit y est. Maintenant il va surtout falloir éviter de faire des îlots séparés, et tout faire pour que les projets libres puissent communiquer les uns avec les autres.

On me demande aussi de mettre un lien vers http://jenairienacacher.fr/, c'est chose faite.


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Notes et références

[1] http://12mars.rsf.org/fr/
[2] http://fr.wikipedia.org/wiki/Exploration_de_donn%C3%A9es
[3] Une région d'Allemagne a même fait interdire l'utilisation du bouton « j'aime » pour les sites hébergés sur son territoire: http://www.01net.com/editorial/537828/un-land-allemand-veut-interdire-le-bouton-j-and-039-aime-de-facebook/
[4] http://www.lemonde.fr/technologies/article/2010/07/02/facebook-introduit-la-reconnaissance-faciale-pour-les-photographies_1382400_651865.html
[5] Fonction « timeline » annoncée pendant la conférence f8: http://www.lemondeinformatique.fr/actualites/lire-timeline-de-facebook-une-aubaine-pour-les-pirates-42035.html
[6] http://www.01net.com/editorial/522840/firesheep-lextension-firefox-pour-pirater-des-comptes-en-un-clic/
[7] http://www.itespresso.fr/facebook-veut-imposer-sa-propre-vision-de-la-vie-privee-sur-internet-33111.html
[8] http://www.zdnet.fr/actualites/facebook-ou-la-tentation-hegemonique-39756148.htm et http://fr.wikipedia.org/wiki/Open_Graph_Protocol
[9] http://www.numerama.com/magazine/19464-l-anonymat-en-ligne-doit-disparaitre-selon-une-responsable-facebook.html
[10] http://www.rue89.com/2011/02/17/au-danemark-facebook-censure-lorigine-du-monde-190992?page=4 . Le profil a ensuite été rétabli - sans l'image -, et des pages FB consacrées au tableau ont été supprimées suite à la médiatisation (http://fr.wikipedia.org/wiki/L%27Origine_du_monde#cite_ref-5)
[11] http://www.pcinpact.com/actu/news/58003-facebook-boycott-bp-censure.htm
[12] http://www.rue89.com/chinatown/2011/03/09/facebook-nest-pas-lami-dun-activiste-chinois-194079
[13] compte créé au début à l'invitation d'une amie, je m'en sers désormais comme point d'observation de l'interface et de l'utilisation qu'ont du réseau mes contacts.
[14] un point de départ pour approfondir: http://fr.wikipedia.org/wiki/Critiques_de_Facebook
[15] http://www.numerama.com/magazine/16827-diaspora-truffe-de-failles-de-securite-oui-et-alors-il-y-a-pire.html

Songe d'une nuit de printemps

Voilà, je déguste ma bière belge, dans le Nord, en mangeant un riz frit, et écoutant de la musique hispano-française.
Je pense à l'avenir, j'y crois encore.
Je pense au passé, beaux souvenirs.
Je pense au présent... J'y suis, je l'espère.
Dans un monde parfait... dans un monde parfait mes amis sont là, ma famille aussi. Dans un monde parfait il y a des gens que je ne connais pas, des tas; des histoires ! Oh oui des histoires ! Et j'aime à leur parler.
Chacun travaille, un peu, ou plus s'il aime ça. À chacun sa tâche ingrate, mais surtout à chacun la joie de faire ce qu'il aime.
La culture est là, et tous peuvent y accéder à souhait, sans moquerie, sans ce satané élitisme.
Les voyages aussi sont là, pas comme un devoir, mais comme une envie; ainsi que le respect; non pas pour les traditions stupides, mais pour les gens, pour eux.
Et voilà l'individu, lui aussi respecté, sans pour autant oublier le collectif.
Dans un monde parfait, on profite de notre court passage, on fait ce qui nous fait vibrer, pas ce qu'on nous impose.
Ici on ne refuse pas, on cherche à comprendre. Toi tu ne penses pas comme moi, viens prendre une bière, on va en discuter.
Il est là, il a toujours existé, et il sera toujours là, ce même songe... Ça vaut le coup de se battre pour lui, pour les autres, pour nous... Ça vaut le coup de rêver, d'écouter cette petite musique persistante, de sentir encore et toujours ce désir...
Noir.

La parole aux images

P1000121_1.JPGGreat Ocean RoadP1000192_1.JPG Great Ocean Road (bis)P1010079_1.JPG Barossa ValleyP1010211_1.JPG Kangaroo IslandP1010233_1.JPG Kangaroo Island (bis) P1010268_1.JPG Kangaroo Island (ter) P1010375_1.JPGLa route...P1010382_1.JPGLes clients locaux des roadhousesP1020438_1.JPG Près des Blow Holes P1020455_1.JPG Un peu de surf...

Bon aller, j'ai mis peu de photos jusqu'ici, alors en voici quelques unes...

pot-pourri

Quelque chose vient de me toucher le dos ! J'en suis sûr putain. Merde c'est quoi cette lumière ? Le film ne m'a pourtant pas tant marqué; il a beau être relativement réaliste et inspiré de faits réels, il a beau se passer en Australie Occidentale, il ne m'a tant impressionné, pas de quoi faire une psychose. Mais putain, putain cette lumière elle est proche, vraiment, et Renée et Nat qui dorment... Le van est fermé, mais on est au milieu de nulle part, sur une énorme portion de route avec personne, sans réseau téléphonique, sans civilisation, rien que ce parking, et les braises encore chaudes de notre feu.

Merde c'est quoi ce bruit... Ah putain ! C'était un camion, c'est vrai que la route est juste de ce côté. Faut que j'arrête mon cinéma... Mais non ! Il y a toujours un bruit, ça bouge. Il faut que j'allume.

- hmmpffff... what !?

Arf, faut pas qu'elle pense que je flippe, elle va flipper aussi

- No, nothing Nat, just a fly, I'm sorry if I did awake you

- No worries...

Bon je vais éteindre, je vais pas réveiller tout le monde en plus... Nan ! Ce n'est pas une psychose ! Il y a bien un bruit !

- Nat, can you hear this ? I don't want to affraid you after the movie, but...

- hear what ? No nothing... Arg wait, yes, there is something !

- ...

Bon là c'est clair il y a quelque chose, mais, attends une minute

- Hey Nat, you didn't tell me this evening that you saw a cute mouse ?

- Ohhhhh shit, yes !

- Well, there is only one thing to do: empty the van and hunt it ! [**]

Et voilà comment on se retrouve en pleine nuit à vider un van et tout mettre sur le lit à l'arrière... Avec une Renée qui a continué à dormir tranquillement.

[**]

- hmmpfff... quoi !?

- Non, rien Nat, juste une mouche, désolé si je t'ai réveillé

- pas de soucis

- Nat, est-ce que tu entends ça ? Je ne veux pas te faire peur après le film, mais...

- Entendre quoi ? Non rien... Arf attends, oui, il y a un truc !

- ...

- Hey Mat, tu ne m'a pas dit ce soir que tu as vu une souris mignonne ?

- Ohhhhh merde, si !

- Bon, il n'y a qu'une chose à faire: vider le van et la chasser !

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Meeeerrrdeeee la voiture, je l'avais complètement oubliée ! Rahhhhh, et c'est 50 $/nuit + toute la journée, ça fait bien 2 jours qu'elle est là, je vais au moins en avoir pour 150 $ ! Mais quel con !

Mpffff, grmmlmlm... Hmppfff. Jen. Tiens ? Qu'est-ce qu'elle fait là ? Lumière, chaleur, ouch... Neurone... on... Couverture... Ahhhhh mais j'étais en train de dormir !

Cool, 150 $ économisés :)

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Bon, alors ça devrait être bientôt, ah oui voilà un panneau ! Lancelin à gauche, et Indian Ocean dr tout droit.

« Indian Ocean drive »

...

Ça fait rêver quand même :)

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Plus que quelques mètres, on y est presque ! Arf, il fallait bien que ça arrive, pas un tour d'Australie avec un van de 25 ans sans une grosse panne. Mais là c'est à se demander si Wendy s'en relèvera... La fumée hier, je ne suis pas mécano mais ça ne présage rien de bon. Je vais peut-être devoir faire une croix sur le Nord.

Hum, ça fait un pincement quand même, j'ai vécu tant de choses ces derniers mois, que de la laisser ici, à la moitié de notre aventure.

Mais s'il y a bien un truc qui me fait plaisir, c'est le coup de main des filles ! Je ne sais pas comment j'aurais fait sans elles... Et sans avoir besoin de demander en plus, alors que je les connais depuis seulement hier.

Merci la solidarité, celle entre voyageurs, baroudeurs ou autres amis de toute fraîcheur. Merci à ces moments là qui font ce pourquoi on voyage, et qui laissent probablement les meilleurs souvenirs. Ce ne sont pas les gorges, plages, ou autres cartes postales qui m'ont fait venir ici, ce sont les (ces !) rencontres.

(*)

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La musique... musiques d'Australie vraiment j'apprécie , musique de Marseille qu'elle est belle, musique engagée pour rester éveillé, musique des rues jamais perdue, musique du matin départ serein , musique du soir, guitare...

Merci la musique :)

(*) En fait c'était juste une pièce à 15$, réparé à prix coutant grâce à un ami mécano... Mais la boite de vitesses a lâché depuis (et je suis en rade à Broome depuis 1 semaine), et là ça va être un facteur 100 (au moins)

On en est là

Perth samedi matin. La nuit a été courte. Je viens de laisser Cat qui m'a hébergé pendant près d'une semaine; et mon van garé à vingt minute du centre, là où les places sont gratuites, je me dirige vers la ville.

Putain qu'il fait froid: 1°C d'après Cat, ils n'ont jamais vu ça. Quand je pense que j'écrivais 2 jours plus tôt que j'étais en chemisette la journée, aujourd'hui mon pull me parait bien léger.

La marche est agréable, je croise les nombreux cyclistes et joggeurs, cherchant toujours à comprendre ce qui peut pousser ces gens à sortir de leur lit pour courir dans le vide. Le soleil est bien là, et tente de raviver mon sang, au point que j'en arrive bientôt à pouvoir sortir les mains de mes poches. La bibliothèque n'ouvrira pas avant 1 heure, je peux prendre mon temps. Ah les gratte-ciels, j'arrive dans le centre. Quelques cris se font entendre au loin: tiens, inhabituel. Mes pas hésitent mais finalement la curiosité l'emporte. Oh un attroupement, quelques policiers. Non, je ne peux pas y croire, enfin une vraie manif en Australie ? J'accélère le pas avec une certaine excitation, Perth me réserve peut-être des surprises.

Mais je déchante vite en voyant une foule bien sagement rangée derrière des barrières en plastique, et il ne faut pas longtemps pour comprendre la tragédie qui se passe. Non ce n'est pas pour lutter contre une quelconque réforme ou défendre les droits de qui que ce soit, non ce n'est pas non plus pour célébrer une victoire à un sport, chose qui malgré le patriotisme puant qu'on y trouve souvent, a au moins le mérite d'apporter une fête populaire. Non c'est autre chose.

Une vitre sépare la foule des employés en uniformes, et une galvanisation est bien visible: les cris viennent des uniformes. Les caméras sont là, ils ont réussi leur coup. Cette nouvelle façon de promouvoir à moindre frais leurs produits en lui donnant une image de grand évènement est à la mode depuis quelques années, et on ne peut que pleurer en voyant à quel point c'est efficace. Le décompte est lancé, 5, 4, un sourire factice est visible sur la face des uniformes, 3, 2 un grand cri, l'entreprise fruitière hype du moment ouvre ses portes, des gens se sont levés par ce froid pour ça (ce qui relativise tout d'un coup l'équilibre mental des coureurs).

Ce qui me fait le plus mal, ce n'est même pas que des gens suivent la mode pour un produit qui, non content de ne rien apporter de neuf, est surtout là pour diminuer les libertés. Ce n'est malheureusement pas une chose dont on parle énormément en dehors de certains milieux, et j'ai peur de croire que beaucoup de gens ne se soucient pas de ces privations - peut être que les choses changeront le jour où on se rendra compte que la technique mise en place sournoisement permet de restreindre à qui et combien de fois on peut prêter/échanger/lire les musiques, livres et autres formes d'expression, et que le jour où un écrit ne sera plus lisible car allant à contre-courant d'un quelconque gouvernement il y aura une certaine émotion, tardive -, non ce n'est même pas ça le plus douloureux.

Ce qui est vraiment pesant, insupportable, dramatique c'est que ces gens là sont ici pour l'ouverture d'un magasin, d'un magasin putain !

Je reste là, à regarder un moment, puis tourne la tête, dépité, et reprends ma route vers la bibliothèque, le moral en berne.

PS: pour être honnête, je me suis déjà rendu une fois à l'ouverture d'un magasin pour la sortie d'une console qui - pour le coup - apportait vraiment quelque chose de nouveau. Même si la scène était loin de ce que je viens de voir, avec le recul je trouve cela tout aussi navrant.

Une histoire de lapin et de champignons

Nous y voilà !

les échelons sont devant, encore quelques minutes accroupi, le temps que tout le monde passe, quelques regards sur les côtés et je vais pouvoir entrer.
Des mois que j'attendais ça, un retour aux sources salvateur, un monde à nous, loin de toute notion de classe, d'âge, d'autorité, un monde rempli de poésie, d'aventures et d'histoires. Ici on explore, on marche, on boit, on chante, on rencontre, ici on médite ou on raconte nos vies, on suit nos émotions, et, surtout, on partage. Nous ne sommes pas les premiers, nous ne serons probablement pas les derniers, mais nous ressentons tous autant cette formidable fascination, cette excitation sublime qui mélange inconnu et interdit, cet immense fantasme.
Ça y est, c'est à moi. Je reste accroupi et fonce droit devant, je descends quelques échelons et peux désormais allumer ma frontale. Enfin j'y suis ! Et mes amis aussi, depuis le temps qu'on parle de descendre ensemble.

Tout le monde est en bas, on peu désormais parler, s'organiser un peu. Un coup d'œil sur la carte et nous avançons. Les murs sont là, témoins des siècles passés, je les regarde avec amusement. Ils ont vu les contrebandes, les montreurs de Diable, l'infâme répression des communards ou encore les réseaux de Résistance d'un Paris occupé. Peut être que les générations futures regarderont ces mêmes murs en nous imaginant les parcourant, acteurs d'une époque.
Nous arrivons rapidement à Banga, passage culte qui nous coupe définitivement de la surface. Les pieds dans l'eau, nous marchons dans un décors presque irréel, en cherchant les rebords au sol, et s'appuyant sur les parois. Tout le monde est là ? C'est bon on repart.
Aujourd'hui nous ne passerons pas par le Château, nous irons plus loin.

Parcourir ce dédale stimule l'imagination, alimente les émotions. Les murs transpirent de talent: de nombreux artistes ont laissé des œuvres, des clins d'œils dans les endroits parfois les plus improbables. À chaque tournant, à chaque coin peut se trouver un objet, une peinture ou une sculpture laissée là par les précédents visiteurs. Que ce soit un passe-muraille qui s'affranchit des barrières, un bélier qui nous contemple fièrement ou des fresques longeant les couloirs. On est heureux de trouver les objets les plus insolites, abandonnés où on s'y attend le moins: ici un vieux vélo et là un vieil ordinateur bernent le temps, ailleurs des livres, des tracts, des morceaux de vie.

Nous nous posons dans une salle où la table nous permet de partager le pain, de boire et de rire. Les Velvet Underground, dont le nom se prête délicieusement au lieu, nous accompagnent, bientôt suivis de Pink Floyd. On parle de légendes du passé, de fêtes délirantes, certains groupes prestigieux auraient joué ici.

L'ambiance est bonne, mais l'envie d'explorer nous rattrape vite. Je me sens comme un enfant dans un immense terrain de jeu, excité et curieux. Je m'évade et pense aux autres salles, à la Plage qui fait justice à ce rêve général du siècle dernier, qui semble aujourd'hui bien loin, nous montrant qu'elle est bien là, sous les pavés; ou au Bout du Monde, où je me suis déjà posé avec un ami, éclairés par la lumière chancelante de dizaines de bougies, observés par les visages sculptés.
Nous rejoignons l'incontournable tombe de Philibert qui, légende ou réalité, observe avec enthousiasme les visiteurs venus lui rendre hommage. Les couloirs et les salles se succèdent, nous jouons dans l'une d'elles et rions beaucoup. Mais bientôt nous décidons de remonter, et nous préparons à quitter, à contrecœur, les lieux.

Nous marchons un peu, grimpons en s'appuyant sur les murs et passons une chatière. Quelques échelons nous séparent de la surface, dont on peut voir la lumière.
<< Il est quelle heure ? >>, première fois que je me pose la question depuis qu'on est descendus.
Nous attendons en file indienne, prêts à sortir vite, pendant que le premier ouvre la plaque. Je suis le troisième, il sera bientôt temps d'éteindre les lampes.

La plaque est ouverte, mes 2 premiers compagnons sortent, mais quelque chose ne va pas là haut.
je sors à mon tour, et comprends vite la situation. La plaque est située juste devant une boulangerie, et le boulanger en question semble mécontent des quelques traces de boue devant son commerce, il est 10h du matin. Mes compagnons retiennent la plaque, je vais vite les aider: le boulanger essaye de la refermer, et sa femme cherche à l'aider adossée à un mur, en poussant avec les jambes.
La situation est grave: si un de nos camarades reçoit la lourde plaque sur la tête, il peut être très sévèrement blessé; et si la plaque est fermée, nous perdons nos amis en dessous. Heureusement tout le monde arrive à sortir très rapidement, et, malgré les menaces, nous prenons le temps de fermer la plaque, grâce aux réflexes du premier compagnon, pour des raisons évidentes de sécurité.

Nous partons immédiatement, loin d'imaginer que, probablement blessés au plus profond d'eux par les 2 traces de pas laissées sur le trottoir - à environ 5 mètres de leur lieu de travail -, la charmante petite famille, poussée par un fort louable élan patriotique, nous traquerait dans les rues en nous insultants, et nous suivrait dans le bus nous qualifiant de "délinquants".

C'est le moment de se séparer: les 2 premiers compagnons d'un côté - que je n'ai plus vu par la suite -, et nous partis nous cacher dans un immeuble de l'autre.
Une dizaine de minutes passent. une concierge vient nous voir:
- vous attendez quelqu'un ?
- non
- alors je vais vous demander de ne pas rester là parce que vous comprenez blah blah, et blah blah, et blah blah et encore blah tiens

Fort bien, nous partons et retrouvons notre amis le boulanger, qui, tel pacman, parcourt inlassablement les rues à la recherche des "délinquants".
Prenons l'autre direction ! Mauvais choix... Voici une, non deux, non trois voitures de police pour nous accueillir !
Et quand je dis accueillir, je veux dire un << mettez les mains bien en évidence >> quand un autre tripote ses menottes d'un air menaçant.

Notre tord ? Avoir un monde à nous loin du système, avoir notre part de liberté, ne pas suivre les règles absurdes qu'on veut nous imposer.

1 heure passe, nous sommes toujours au milieu de la rue, à l'arrêt de bus. Je regarde le boulanger, sur le trottoir d'en face, les bras croisés, impassible. Il finit par partir.
Un des policier discute un peu avec moi. Il connait les "catacleans", sait que nous y retournerons de toute façon, et je devine qu'il trouve également tout ça excessif. Mais au milieu d'une phrase, un autre arrive:
- C'est à cause de gens comme vous que la France va mal ! C'est comme les feux rouges, on ne regarde pas à droite à gauche et on passe, un feu rouge on s'arrête point ! Il y a des règles il faut les suivre, si vous n'aimez pas la France quittez là...
- je suis né ici

Sanctions distribuées, nous pouvons enfin partir.
Nous nous retrouvons un peu plus loin pour discuter de ce qui vient de se passer. je vais m'assoir sur une marche.
Quand je pense qu'on se sent parfois plus en liberté entre 4 murs qu'à la surface.

En face de moi, au feu, un jeune homme est sur une mobylette, une fille derrière lui. Il nous observe, en cuissardes, pleins de boue et de poussière, et rit. Je le regarde, il me regarde, on se fait un signe de tête. Je sais qu'il est des nôtres.



L'appel de la forêt

Ça y est.

Après un peu plus de 2 ans de vie active, je me suis décidé à démissionner.
Non que ça se passe spécialement mal dans ma boite, il y a des hauts et des bas, comme partout, mais dans l'ensemble je ne suis pas trop mal tombé.
Non que je ne m'adapte pas à la région: outre quelques petits soucis je me plais ici, il y a beaucoup de choses à faire, des tas de rencontres intéressantes, une véritable âme dans cette ville, d'excellents amis.
Non c'est autre chose...
Avant même de commencer je savais que ça allait être comme ça, mais j'ai voulu essayer, pour "voir ce que c'est", pour l'expérience.

J'aime l'informatique. J'aime l'informatique depuis que je l'ai découverte, enfant. Je l'aime non pas parce que ça clignote et ça fait du bruit, je l'aime non pas parce que ça me fait appartenir à un groupe quelconque; je l'aime parce qu'elle me permet de créer.
Grâce à l'informatique, je peux donner vie à des idées, et, désormais, les partager. Mais voilà, en travaillant dans ce domaine je perds cette faculté, je perds ma passion. Je ne suis plus là pour avoir des idées, mais mettre en pratique ce que me disent d'autres personnes, qui elles même ne font que répéter ce que leur impose le "Marché", cette ignoble supercherie qui s'oppose à tout tempérament artistique. Mais moi ce n'est pas ce que je veux.
Moi je veux communiquer, inventer, créer, partager, apprendre, comprendre... Quand je rentre chez moi, après une journée à comater devant un écran, répétant inlassablement les mêmes choses, je n'ai plus la force de me remettre devant un écran pour assouvir mes propres pulsions créatrices. Alors je comate à nouveau, je consomme, je regarde des sites, des vidéos, et je renonce à ma vie.
Fort heureusement, j'arrive encore, parfois, à me sortir de là: je communique, rencontre des gens, partage des idées, écoute de la musique, essaye désespérément de vibrer, d'éprouver des choses, de résister.

Alors j'ai décidé de tout arrêter, pour enfin commencer ma vie.
Partir à l'autre bout du monde, rencontrer des gens, partager, apprendre, comprendre, réfléchir. Peut être que demain je reviendrai à cette vie tracée et monotone, peut être que j'aurai changé d'avis, je ne sais pas.
Mais c'est justement ça qui me plait: ne pas savoir, essayer, rêver. Je rêve trop, je rêve trop pour cette vie, je veux essayer, tenter le destin, l'inviter.
Moi aussi j'ai le droit de changer mon monde, de changer le Monde.

Elle est pas belle la vie ?

Duvel

Le Cauchemard Avant Noël

Quoi de plus triste qu'un homme qui boit une bière seul devant un écran ?
Quoi de plus navrant que quelqu'un qui cherche à exister, pour un soir, à travers quelques lignes ?
Il y a des jours où on se sent perdu, où on ne comprend pas, où on regrette, où on tremble devant la faute. Celui ci en est un.
Il y a des soirs où rien n'avance, rien ne bouge, où les espoirs qu'on a eu n'existent pas, où on se demande pourquoi. Celui-ci en est un.

Je pense à Edward.

Je fais des erreurs, j'ai fait des erreurs, et je ne sais pas comment les rattraper, je ne sais pas si je peux les rattraper.
Je cours après une chimère, je veux sculpter un monde mais je n'ai pas de mains. Des fois je me sens en dehors, juste en dehors.
C'est difficile à expliquer, mais j'ai comme l'impression de brider les choses, de chercher la douleur, de viser les murs.

Je pense à l'inventeur.

Mais j'y crois, et ça c'est inexplicable, mais j'y crois. Je sens, je sais que c'est possible.
Rêver, c'est encore la plus belle chose qu'il me soit permis de faire, la dernière.
Peut-être que moi aussi, un jour, je ferai tomber la neige.

Je pense à Kim...

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